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Le réseau téléphonique commuté s'éteint et le cuivre qui le porte est démonté commune par commune. Pour une entreprise, ce n'est pas un sujet d'opérateur : c'est une date à laquelle le standard, le fax, l'alarme et l'ascenseur cessent de fonctionner si rien n'a été fait. Voici ce qui ferme, dans quel ordre, et comment migrer sans surprise.
Deux fermetures distinctes, souvent confondues
On parle de « fin du RTC » et de « fin du cuivre » comme d'un seul événement. Ce sont deux chantiers différents, avec deux calendriers.
La fermeture du RTC concerne le réseau téléphonique commuté, c'est-à-dire la téléphonie analogique classique : la ligne qui donne une tonalité sans box ni alimentation. Orange ne commercialise plus de nouvelles lignes de ce type depuis fin 2018, et les lignes existantes sont arrêtées par lots géographiques depuis l'automne 2023. Après l'arrêt, la paire de cuivre reste en place : seule la téléphonie commutée disparaît.
La fermeture du cuivre va plus loin : la paire de cuivre elle-même est retirée du service. Plus de RTC, mais plus d'ADSL ni de VDSL non plus. Tout ce qui passait par cette ligne doit basculer sur la fibre, la 4G/5G ou un autre support. L'objectif annoncé est une extinction complète du réseau cuivre d'ici 2030, par vagues successives de communes.
Concrètement, une entreprise peut subir les deux événements à des dates différentes, ou les deux en même temps si sa commune figure dans un lot de fermeture du cuivre. Dans les deux cas, le préavis existe, mais il est adressé à la commune et aux opérateurs, pas à chaque abonné.
Le calendrier par lots : comment savoir si vous êtes concerné
La fermeture se fait par lots de communes, annoncés plusieurs années à l'avance. Les premiers lots étaient volontairement petits : quelques communes pilotes à l'automne 2023, puis quelques centaines en 2025 et 2026. Les lots suivants portent sur des milliers de communes chaque année, et le rythme s'accélère nettement à partir de 2027.
Pour une commune donnée, le calendrier type est le suivant :
- Fermeture commerciale : plus aucune nouvelle ligne cuivre ne peut être commandée, ni aucun déménagement de ligne. Les lignes existantes continuent de fonctionner.
- Fermeture technique, en général un à deux ans plus tard : les lignes restantes sont coupées, que l'abonné ait migré ou non.
Ne vous fiez pas à une date lue dans la presse : les lots sont publiés avec la liste précise des communes, et une même agglomération peut être découpée entre plusieurs lots. Vérifiez l'adresse exacte de chaque site auprès d'Orange, qui publie un outil de consultation par adresse, et sur le site de l'Arcep, qui suit l'avancement du plan. Si vous avez plusieurs agences, faites-le pour chacune : il n'est pas rare qu'un siège ait encore quatre ans devant lui alors qu'une agence ferme dans douze mois.
En Belgique, Proximus a engagé un plan similaire d'extinction progressive du cuivre au profit de la fibre, zone par zone. Les entreprises belges ont donc le même sujet, avec un autre calendrier et un autre opérateur historique.
Ce qui cesse de fonctionner, poste par poste
Le standard téléphonique est l'équipement le plus visible, mais rarement le plus problématique. Les vrais oubliés sont les équipements branchés sur une ligne analogique dont plus personne ne se souvient.
Le standard analogique ou numérique (T0/T2). Un PABX relié par des accès de base RNIS ou des lignes analogiques perd ses lignes extérieures. Trois issues : remplacer le PABX par un IPBX, le conserver derrière une passerelle qui convertit ses accès en SIP, ou passer à une téléphonie hébergée. Notre comparatif Asterisk, FreePBX, 3CX, VICIdial aide à trancher la première option.
Le fax. La modulation d'un fax tolère très mal les codecs compressés et la gigue. Deux solutions fiables : un service de fax par e-mail, ou un adaptateur analogique (ATA) configuré avec le protocole T.38 auprès d'un opérateur qui le supporte réellement. Faire passer un fax en G.711 « au cas où » fonctionne un jour sur deux.
Les alarmes et la télésurveillance. Beaucoup de transmetteurs appellent encore le centre de télésurveillance via la ligne RTC. Il faut un transmetteur IP ou GSM, et surtout prévenir le télésurveilleur, qui doit reconfigurer la réception de son côté. C'est souvent un contrat distinct, avec son propre prestataire.
Les ascenseurs. La téléphonie de cabine est une obligation réglementaire : un ascenseur dont la ligne est coupée peut être mis à l'arrêt lors du contrôle. Les ascensoristes proposent des modules GSM/4G autonomes ; l'intervention se planifie plusieurs mois à l'avance.
Les terminaux de paiement, portiers, télérelève et modems industriels. Tout ce qui « compose un numéro » avec une ligne analogique est concerné : TPE sur ligne fixe, interphones, systèmes de relève de compteurs, automates. Un inventaire physique des prises téléphoniques du bâtiment évite de découvrir le problème le jour de la coupure.
Un plan de migration en cinq étapes
Le délai réaliste pour un site de PME se compte en mois, pas en semaines, surtout si la fibre n'est pas encore raccordée. Voici l'ordre qui fonctionne.
- Inventorier. Listez chaque ligne analogique ou RNIS avec son numéro, sa fonction réelle et l'équipement branché dessus. Les factures opérateur sont un bon point de départ, le tour du bâtiment avec un testeur de ligne en est un meilleur.
- Sécuriser le support. Commandez le raccordement fibre si ce n'est pas fait, en prévoyant une solution de secours 4G/5G. Une téléphonie IP sans lien de secours est une téléphonie qui tombe avec Internet.
- Choisir l'architecture. IPBX sur site, IPBX hébergé ou centre d'appels cloud, raccordé à l'opérateur par un trunk SIP correctement dimensionné. C'est le moment de décider du nombre d'appels simultanés, du codec et de la QoS sur le réseau local.
- Traiter les équipements spéciaux. Fax, alarme, ascenseur, TPE : un prestataire par équipement, un ticket par équipement, et une date de bascule par équipement.
- Porter les numéros, puis couper. La portabilité se fait en dernier, une fois la nouvelle installation testée. Résiliez les lignes cuivre seulement après avoir vérifié que chaque numéro sonne au bon endroit.
Un point souvent négligé : un IPBX exposé sur Internet est une cible. Avant la mise en production, appliquez les mesures décrites dans notre article sur la sécurisation de l'IPBX contre la fraude. La première facture de toll fraud arrive souvent dans les semaines qui suivent une migration pressée.
La portabilité des numéros : ce qu'il faut savoir
Vos numéros vous suivent : la portabilité est un droit, et elle vaut aussi pour les numéros professionnels et les tranches de numéros d'un standard. Le mécanisme repose sur le RIO (relevé d'identité opérateur), obtenu auprès de l'opérateur actuel, puis transmis au nouvel opérateur qui pilote le portage.
Quelques règles pratiques :
- Ne résiliez jamais avant de porter. Un numéro résilié repart dans le stock de l'opérateur et peut être réattribué. C'est la demande de portabilité qui déclenche la résiliation, pas l'inverse.
- Portez un bloc entier d'un coup si votre standard utilise une tranche de sélection directe à l'arrivée. Porter la tête de ligne sans les numéros directs produit des appels qui n'aboutissent plus nulle part.
- Prévoyez une fenêtre de bascule en dehors des heures d'ouverture et demandez au nouvel opérateur de la confirmer. Pendant quelques minutes à quelques heures, les appels peuvent arriver sur l'ancienne ou la nouvelle installation.
- Vérifiez l'affichage du numéro sortant après portage. Le numéro doit être effectivement attribué chez le nouvel opérateur pour passer le mécanisme d'authentification des numéros ; sinon, vos appels sortants sont coupés avant la sonnerie. Notre article sur quel numéro afficher en France détaille ce point.
Les délais de portage d'un numéro fixe professionnel se comptent en jours ouvrés pour un numéro simple, parfois en semaines pour une tranche complète avec des contraintes techniques. Vérifiez les délais contractuels auprès du nouvel opérateur avant de fixer la date de coupure du cuivre.
Ce que vous gagnez, et ce qui change au quotidien
Une fois la migration faite, la téléphonie devient un service réseau comme un autre. Les gains sont réels : plus de coût d'abonnement par ligne physique, des appels simultanés dimensionnés à la demande, un poste qui suit l'utilisateur en télétravail, et une supervision centralisée.
Les contreparties aussi. La qualité de la voix dépend désormais de votre réseau local et de votre accès Internet : un commutateur saturé ou un Wi-Fi encombré se traduisent en voix hachée, là où le cuivre ne tombait jamais en panne pour cette raison. Prévoyez la QoS, le lien de secours et un onduleur sur les équipements réseau, car un téléphone IP ne fonctionne plus pendant une coupure de courant, contrairement à une ligne analogique.
Enfin, ne laissez pas l'ancien PABX « au cas où » pendant des années. Un équipement non maintenu branché au réseau est une faille de sécurité, et son maintien en location coûte souvent plus que la migration elle-même.