Démarchage téléphonique : le consentement préalable est entré en vigueur

Sommaire

  1. Ce qui change exactement
  2. Les exceptions qui subsistent
  3. Les horaires et fréquences n'ont pas disparu
  4. Le vrai sujet : la preuve du consentement
  5. Sanctions
  6. Ce que ça change dans les opérations
  7. Checklist de mise en conformité
  8. Ce qu'il faut retenir

Le 11 août 2026, la France a basculé d'un régime d'opposition (Bloctel) à un régime de consentement préalable. Concrètement : sans accord explicite et prouvable du consommateur, l'appel de prospection est illégal. Voici ce que cela change, dans l'ordre où vous allez le rencontrer.

En une phrase

Avant, on pouvait appeler tout le monde sauf ceux qui s'y étaient opposés. Depuis le 11 août 2026, on ne peut appeler que ceux qui ont dit oui — et il faut pouvoir le démontrer.

Ce qui change exactement

Le principe posé par la loi du 30 juin 2025 relative à la lutte contre les fraudes aux aides publiques est simple : le démarchage téléphonique à destination d'un consommateur est interdit sauf consentement préalable. On parle d'un basculement opt-out → opt-in.

Ce consentement doit répondre aux mêmes exigences que celles que le RGPD impose déjà pour l'e-mailing :

Les exceptions qui subsistent

Deux situations restent hors du champ de l'interdiction :

Rénovation énergétique : rappel

Le démarchage téléphonique portant sur la rénovation énergétique est interdit depuis 2020, consentement ou non, sauf sollicitation dans le cadre d'un contrat en cours. Le nouveau régime ne rouvre pas cette porte.

Les horaires et fréquences n'ont pas disparu

Le décret du 13 octobre 2022, applicable depuis mars 2023, reste en vigueur et s'ajoute au consentement. Il encadre :

RègleContenu
Jours autorisésDu lundi au vendredi. Interdit le samedi, le dimanche et les jours fériés.
Plages horaires10h–13h et 14h–20h.
FréquenceMaximum 4 sollicitations par prospect sur 30 jours calendaires.
Après un refusAucun rappel avant 60 jours.

Un composeur prédictif mal configuré viole ces règles sans que personne ne s'en aperçoive : c'est typiquement le genre de contrainte à câbler dans le dialer, pas dans une consigne aux superviseurs. Voir à ce sujet nos critères de choix d'une plateforme de call center.

Le vrai sujet : la preuve du consentement

En cas de contrôle, ce n'est pas « avoir obtenu un consentement » qui compte, c'est pouvoir le produire. Pour chaque numéro appelé, vous devez être en mesure de restituer :

Le point qui coince le plus

Les fichiers achetés « opt-in » sans traçabilité par enregistrement. Si le fournisseur ne vous livre pas, ligne par ligne, l'horodatage, la source et le libellé, vous n'avez pas de preuve — vous avez une affirmation. C'est vous qui appelez, c'est vous qui répondez.

Sanctions

Le manquement relève de l'amende administrative prononcée par la DGCCRF, dont le plafond atteint 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. S'y ajoute, sur le volet données personnelles, le régime de sanction de la CNIL — les deux ne s'excluent pas.

Dans les faits, l'entrée en matière d'un contrôle est presque toujours la même : une plainte, puis une demande de justification portant sur un numéro précis. La question posée est « montrez-moi le consentement pour ce numéro, à cette date ». Tout le reste en découle.

Ce que ça change dans les opérations

Le fichier devient l'actif critique

Jusqu'ici, la variable d'ajustement d'un centre d'appels était le volume : plus de numéros, plus de tentatives, plus de ventes. Ce levier disparaît. Le volume appelable est désormais borné par le stock de consentements valides, qui se périme et se révoque.

La productivité par appel devient le seul levier

Mécaniquement, l'attention se déplace vers le taux de décroché, la qualité de la conversation et le taux de transformation. Deux chantiers deviennent rentables là où ils étaient secondaires : le choix du numéro affiché, qui pèse directement sur le décroché, et la qualité audio, qui pèse sur la durée utile de l'échange.

La sous-traitance se contractualise

Si vous êtes donneur d'ordre, exigez de vos prestataires la preuve unitaire et un droit d'audit. Si vous êtes centre d'appels, exigez-la de vos fournisseurs de leads. La chaîne de responsabilité ne s'arrête pas au bon de commande.

Checklist de mise en conformité

  1. Cartographier chaque source de numéros et déterminer, source par source, s'il existe une preuve unitaire de consentement.
  2. Purger ou geler les fichiers sans preuve — ne pas les « recycler » dans une autre campagne.
  3. Reprendre les formulaires web : mention explicite, case non pré-cochée, liste des destinataires, finalité téléphonique nommée.
  4. Stocker le consentement dans un journal immuable et horodaté, relié à l'enregistrement du prospect dans le CRM.
  5. Câbler horaires, fréquence et délai de 60 jours dans le dialer, pas dans une procédure.
  6. Implémenter le retrait du consentement : un canal simple, effectif sous 24 h, propagé à toutes les campagnes.
  7. Conserver les CDR et, si vous enregistrez, les fichiers audio, avec une durée de rétention documentée.
  8. Mettre à jour les contrats fournisseurs de données : preuve unitaire, garantie, audit, indemnisation.
Et Bloctel ?

Le dispositif d'opposition ne devient pas inutile : il reste un filtre de sécurité et un signal de bonne foi. Mais il n'est plus la ligne de défense principale — passer un fichier à Bloctel ne rend pas licite un appel sans consentement.

Ce qu'il faut retenir

La bascule vers l'opt-in ne tue pas le démarchage téléphonique, elle en change l'économie. Les acteurs qui traitaient le fichier comme une matière première interchangeable sont les plus exposés ; ceux qui savent d'où vient chaque numéro et ce qui a été promis au prospect gagnent mécaniquement en marge, parce qu'ils appellent moins et convertissent mieux.

Côté infrastructure, la conséquence est directe : moins d'appels, donc moins de canaux simultanés, mais une exigence de qualité et de traçabilité nettement plus élevée. C'est le bon moment pour revoir le dimensionnement de votre trunk SIP.

Avertissement

Cet article est une synthèse opérationnelle à visée informative. Il ne constitue pas un conseil juridique. Pour un projet engageant, faites valider votre dispositif de recueil du consentement et vos contrats par un conseil spécialisé, sur la base des textes consolidés en vigueur.

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